La peinture de Nurcan Giz est résolument non figurative, dans le sens où elle ne cherche pas à représenter le réel. Mais on sait bien, pour paraphraser Paul Klee, que l’art n’a pas pour fonction d’imiter le visible, mais de révéler derrière les apparences une réalité autre que celle qui est tangible. Nurcan Giz explore la profondeur de la mémoire, comme pour faire remonter à la surface des souvenirs et sentiments. Dans une démarche qui relève de l’introspection, elle nous révèle un monde intérieur profondément enfoui.
Avant tout libre, la peinture de Nurcan Giz échappe à tout classement. Elle superpose des grands aplats de couleur sombre obtenus par de larges touches et des gestes rapides, et des fonds plus paisibles et brumeux aux couleurs nuancées, où viennent s’inscrire des traces presque imperceptibles, des coulures, des griffures, des marbrures, cherchant à dévoiler quelque secret. Ni tumulte ni violence, dans cette peinture, mais du calme et du silence, un climat de méditation poétique. Pourtant, derrière cette apparente immobilité, on sent une énergie intérieure bouillonnante, un mouvement très lent comme un courant de lave qui s’écoule inexorablement.

L’agencement des matières et des couleurs crée un sentiment de profondeur. En arrière-plan, des surfaces semblent lointaines, dans des nuances fondues, vaporeuses et transparentes, semblables à des nuages blancs et gris aux formes changeantes. Elles portent parfois des traces, comme des murs qui auraient conservé de lointains souvenirs de la vie qui les a animés. L’artiste évoque elle-même sa fascination ancienne pour les murs, « surfaces qui ont vécu » et qui témoignent de l’écoulement du temps.
Au premier plan, comme autant de signes, les grandes masses noires imposent leur présence frontale et puissante. Dans ces ciels d’orage bas et lourds se livre une lutte silencieuse où des souvenirs lointains et presque effacés cherchent à échapper à l’oubli. De cette confrontation des contraires, de l’opposition du noir et du blanc, émerge une lumière qui éclaire les toiles de l’intérieur et pénètre tout l’espace du tableau.
La peinture de Nurcan Giz, pleine de rêve et de mystère, appelle une exploration attentive, tels les murs du poète Edouard Glissant :
C’est dans les murs
Que sont les portes
Par où l’on peut entrer.
Texte de François Arné (extrait)
Conservateur en chef du patrimoine
Directeur des Musées du Mans



